http://www.ambafrance-au.org/france_australie/spip.php?article1593 (communiqué de presse)
Avec la volonté de cerner au mieux les rapports franco-tasmaniens, je me devais de rencontrer Mme la Consul de France en Tasmanie (qui se trouve également être celle d’Allemagne). N’ayant pas non plus une définition stricte de ce qu’était un Consul de mon pays à l’étranger et surtout en Tasmanie, je trouvais intéressant d’organiser cette rencontre. C’est donc dans son bureau à Hobart que Mme Dianne Bye nous a reçu très gentiment. Nous la remercions encore pour son accueil, son humour, ses éclaircissements sur sa vie et son travail et le temps qu’elle nous a consacré.
Jeremy : « Alors tout abord pouvez vous vous présenter, parlez de votre parcours, de votre carrière et de comment vous êtes arrivé en Tasmanie (à moins que vous soyez de Tasmanie !?) et surtout comment vous ête devenu Consule ?"
Dianne : « Oh c’est marrant que vous pensiez que je ne suis pas de Tasmanie. Et pourtant c’est vrai ! Ai-je un accent de Brisbane ou de la région de Victoria ? Ca me fait penser, l’autre jour une française m’a même dit que j’avais un accent réunionnais !
Je suis née à Sydney, ai grandi là-bas et y ai étudié. Je m’y suis marié aussi et nous sommes arrivés à Hobart il y a à peu près 37ans, et pour juste un an ! Nous sommes finalement restés 3 années. Ensuite nous sommes allez à Brisbane 4 années pour finalement revenir en Tasmanie. Tous ces déplacements étaient toujours liés au travail de mon mari. J’étais la femme « obédient, servile », comment vous dites ? Obéissante, la servante oui voilà ! Mais c’était l’époque qui voulait ça aussi, c’était normal pour une femme à cette période…il y a pas mal de temps quand même ! Oh oui juste une chose, je vouvoies tout le temps, je suis désolé, je m’y suis habitué notamment avec l’ambassadeur, les gens du Consul général et de l’ambassade c’est plus sûr de vouvoyer tout le monde, je le fais même avec mes amis maintenant, et c’est la même chose en allemand ! Alors à chaque fois on me dit « non on peut se tutoyer… ! » Alors je m’excuse d’avance ! (Rires).
J’ai donc étudié à l’Université de New South Wales le français, l’anglais et l’allemand. C’était à travers la littérature, aujourd’hui ce serait plus « creative writings » mais dans ce temps là ce n’était que l’étude de la littérature. Donc je suis experte en littérature…enfin pas vraiment mais bon ! (Rires). Contrairement aux deux autres langues, j’ai découvert l’allemand à l’université, je ne connaissais pas un seul mot, rien ! On m’avait dit à l’époque, après un an, il faut que tu apprennes une autre langue moderne si tu veux devenir prof de langue. J’avais juste appris le latin à l’école pendant 5 ans, et ça m’avait beaucoup plu…"
Jeremy : « …et vous voilà consul d’Allemagne en Tasmanie !… »
Dianne : « Oui ! La vie est vraiment bizarre défois. Quand on a l’âge que j’ai et qu’on regarde le chemin parcouru… »
Jeremy : « Quel âge avez-vous, si ce n’est pas trop indiscret ? »
Isabelle : « Tu sais en Australie, ça fait parti des questions un peu délicate avec la religion et la politique ! »
(Rires)
Dianne : « oh oui ça c’est vrai ! Et bien j’ai soixante ans. J’ai donc enseigné à « The Friends School » que j’ai du quitter en 2004. Ca a été difficile de quitter l’école parce que je l’aimais beaucoup. A l’époque les professions pour les femmes étaient assez limitées, infirmières, profs (enfin plus institutrices), c’était plutôt rare d’être professeur de langue et d’aller à l’université, ce n’était pas normal !
En réalité je voulais être avocate, mais j’étais trop jeune. En effet j’ai commencé l’université à 16 ans et il fallait avoir 17 ans à l’époque pour étudier le droit. Je ne pouvais pas prendre de « Gap year » (année souvent passée à voyager avant d’entrer à l’université ou à la fin des études, très populaire en Australie), ça n’existait pas à l’époque ! Alors comme j’aimais les langues pourquoi pas les étudier et devenir professeur de français et d’anglais. L’anglais n’étant pas une vraie langue, j’ai du apprendre l’allemand.
Six mois après avoir quitter l’école en 2005 j’ai reçu une lettre du Consul général de France à Sydney et une autre du Consul général d’Allemagne à Melbourne, en même temps, et me demandant de proposer ma candidature pour ce poste. J’ai été très surprise ! « moi ? » !!! Ils indiquaient que le poste était libre et qu’ils avaient proposé à une quinzaine de gens mais qu’au final ils n’auraient d’entretien qu’avec trois personnes. Je revenais de six semaines de voyages où j’avais vu mes enfants, passé un peu de temps en France à Lyon notamment et là je n’avais que trois jours pour me décider ! Au départ je ne pensais pas du tout faire les démarches et proposer ma candidature, je pensais n’avoir aucune chance étant une femme et plutôt âgée. Ces postes comme ça sont pour les hommes en général (et c’est vrai !). Je pensais même les encadrer, tellement c’était incroyable de recevoir de telles lettres ! (Rires) J’en ai donc parlé à mon mari. Il m’a poussé à faire les démarches.
J’en ai alors parlé à mes quatre fils, un peu tous éparpillés dans le monde, et tous on dit « oh oui bien sûr, mais pourquoi pas ?! ». Malgré tout je n’étais pas convaincu n’ayant pas vraiment de CV et le profil pour ce poste, moi la prof de langues, et je n’étais pas sûr non plus de vouloir faire ce job. J’étais sans enfants, je pouvais ne rien faire, c’était la première fois que je me retrouvais dans cet état là, et c’est pas mal de rien faire aussi (rires), j’étais libre ! Alors un de mes fils, qui habite à Washington DC, m’a appelé et m’a dit « Tu dois le faire, vas y ! On ne sait jamais ! Si tu avais pu avoir ce poste, tu pourrais le regretter toute ta vie. Si quelqu’un d’autre l’obtient, tu peux être très déçu, il faut que tu essayes ! Tu dois te proposer, et même dans le cas où ça ne marcherait pas et bien tu auras au moins essayer, et même si ça marche tu peux toujours refuser ! Comme on dit en anglais « the rest is history » (tout le monde connaît la suite), parce que j’ai eu le poste, et me voilà devant vous !"
Jeremy : « Merci pour ce témoignage et tout ces détails croustillants sur votre vie passionnante. Pourriez vous maintenant nous décrire le rôle du Consul de France en Tasmanie ?"
Dianne : « Le rôle du consul est d’aider tous les français qui habitent en Tasmanie. En effet je suis le lien entre les français installés ici et le Consulat général à Sydney ou l’ambassade à Canberra. Mais je travaille plus avec le consulat, parce que je suis consul, et c’est là où on fait le travail consulaire dans l’ensemble du pays. L’ambassade qui dans la pyramide hiérarchique est la structure la plus haute s’occupe de choses différentes. J’aide aussi les français, comme vous, qui ne sont que de passage dans l’état de Tasmanie, si vous perdez votre passeport (j’espère que non ?! Rires), si vous avez un accident ou même si vous mourrez (là j’aide la famille). Ca c’est d’ailleurs passé avec un allemand et bien sûr c’est la même chose quelque soit le pays, France ou Allemagne. Même si il y a quelques différences dans le travail avec les deux pays."
Jeremy : « Est-ce que vous représentez la France pour certains projets et quels types ? »
Dianne : « Les autres capitales en Australie sont beaucoup plus grandes qu’ici et il y a des départements spéciaux pour les affaires françaises. Mais ici il n’y en a pas, c’est tout a fait différent que dans ces capitales. Ce qui est d’autant plus spécifique et important ici en Tasmanie est le lien avec l’antarctique. Il y a d’ailleurs un bateau (c’est dommage qu’il ne soit pas là en ce moment) « l’Astrolabe » qui reste ici tout l’hiver pour se « ressuply » (se réapprovisionne). Il y aussi une vérification et une maintenance totale de l’appareil. Il peut s’arrêter également un petit peu à Lauceston (pour des vérifications de la coque qui ne se font que là-bas) mais c’est ici qu’il reste en majorité. Cette année il est resté 3/4 mois à Hobart pour deux semaines à Lauceston. C’est un bateau français qui est un « Icebreaker » (brise-glace). Le manager est un français (franco-anglais) avec un prénom anglais : Shawn.
Mais il faut parler anglais, beaucoup de gens de l’équipe du bateau sont indonésiens, ukrainiens. Les officiers sont français. Il y a des scientifiques du monde entier et particulièrement français qui viennent pour faire de la recherche en collaboration avec les études sur l’Antarctique à l’université de Hobart. Le lien scientifique avec la France est donc très important. C’est une relation particulière spécifique à la Tasmanie et donc à Hobart."
Jeremy : « Et en ce moment vous travaillez sur quelque chose en particulier qui implique la France ? »
Dianne : « Beaucoup de choses sont en cours oui, en plus avec les deux pays ! Pour être sincère la plupart des choses qu’on peut me demander ne sont pas extraordinaires, et il ne se passe pas beaucoup de choses avec la communauté française (1000 personnes) ou allemande même (qui est plus importante environ 15 000). Par exemple le Consul Général m’a demandé de contrôler les monuments français en Tasmanie il y a quelques semaines. Trois sont assez importants : un se trouve au cimetière en l’honneur des scientifiques et des matelots qui sont morts lors des expéditions entre ici et l’Antarctique notamment sur l’Astrolabe.
Un autre est dans le jardin botanique en l’honneur des explorateurs français qui sont venus ici, en général, mais surtout à propos de d’Entrecasteaux. Enfin un autre se trouve à Gordon sur une des côtes du « d’ Entrecasteaux Channel » (c’est un canal).
C’est très intéressant à voir (c’est au sujet des explorateurs aussi) malgré le fait que ce soit pas très jolie, c’est « neglected » (laisser à l’abandon, manque d’entretien). Ainsi j’en fait pare au consulat général pour qu’ensuite des mesures soient prises. Mais là j’avais déjà contacter le maire de Kingbrow, avant même la demande du consulat, pour dire que ce monument manquait d’entretien et était trop négligé. Mais le monument à une des plus belle vue de la Tasmanie sur Hobart et sur le canal, vraiment incroyable ! Il serait bon de dépenser un peu d’argent pour le remettre en valeur. Ca va coûter une somme non négligeable et ce n’est pas le consul général qui paye mais « the Kingbrow Council » (le conseil local) d’où la grimace du maire. Mais le consulat va aider bien sûr."
Isabelle : « Puisque l’on parle des explorateurs français, avez-vous eu des liens ou un rôle à jouer dans le débat autour de « Recherche Bay », il y a quelques années au sujet de ce camp français qui se serait installé à travers notamment ce jardin et qui aurait développé des échanges pacifistes avec la population indigène ? »
Dianne : « Oui ça a été très important, mais c’était juste avant que je prenne le poste ! Mais je sais que c’était très difficile parce que le jardin, en question, n’était pas là. Des scientifiques de la Nouvelle-Calédonie sont venus, l’ambassade à dépenser beaucoup d’argent pour voir si c’était vrai ou non. On dit qu’il y avait un jardin potager à cet endroit mais ça n’a pas été clairement démontré et nous n’avons rien trouvé. Les Verts avaient dit avoir trouver un bouton à l’emplacement du fameux jardin et ainsi protéger le site, mais cette histoire était fausse. Un grand dossier a été écrit. On ne voulait pas que les gens croient n’importe quoi et un rapport explique absolument tout. Par contre on sait que les français sont venus, qu’ils se sont installés et ont cultivé la terre, mais on ne sait pas où ! Je me souviens très bien de tout ça parce que juste une semaine après mes prises de fonctions, l’ambassadeur était venu en visite officielle 3 jours. J’étais toute débutante, sans savoir véritablement ce qu’il fallait faire. Un jour nous sommes donc allé à « Recherche Bay », c’était l’hiver et le temps était formidable !"
Isabelle : « Et au sujet des différents festivals en lien avec la France ou l’Allemagne, je pense notamment au cinéma, en Tasmanie et à Hobart, cela peut faire parti de votre travail de suivre ces évènements »
Dianne : « Ca ne fait pas exactement parti de mon travail non. Mais par contre si ces évènements, festivals existent je suis toujours ici, et je soutiens tout ce qu’on veut faire pour la France ou par l’Allemagne si c’est légal. Je ne peux pas faire beaucoup, je n’ai pas d’argent mais je peux être présent et y assister. Si c’est des projets culturels très importants, je peux demander au Consul Général ou à l’Ambassade peut être de les soutenir mais eux aussi non pas non plus beaucoup d’argent et c’est normal je pense avec tous les départements des Affaires Etrangères. Les australiens aussi n’ont pas beaucoup d’argent...enfin ils ont de l’argent mais c’est difficile. Si ils pensent que c’est quelque chose d’important, ils financeront, comme pour les monuments, ce qui au début m’a surpris, mais c’était une belle surprise !"
Jeremy : « Combien de personne la communauté française représente en Tasmanie ? »
Dianne : « Je ne sais pas exactement mais je pense que c’est de l’ordre de 300 familles. Mais c’est difficile à savoir à cause des « privacy laws » (les lois sur la protection de la vie privée) aujourd’hui qui gouvernent absolument tout ce qu’on fait. Il y a donc des gens qui s’inscrivent volontairement sur la liste des français qui habitent hors de France. Le ministère des affaires étrangères voudrait d’ailleurs que tous les français hors de France s’inscrivent sur cette liste, et l’Australie voudrait la même chose également. Mes fils qui sont à l’étranger y sont inscrits, et je pense que c’est vraiment une bonne idée, on ne sait jamais ce qui peut arriver dans un autre pays et c’est très important que les représentants de son pays (ambassades, consulat) sachent qui est là ! Ca peut permettre d’aller beaucoup plus vite dans plein de démarches. Ainsi certaines personnes se déclarent et d’autres non. Il y a des gens qui ne veulent pas que le Consulat général sache où ils sont. Il se trouve qu’en Tasmanie, du fait que c’est assez calme ,sûr, sans problèmes les gens ne s’inscrivent pas trop, c’est pourquoi il est difficile de connaître les vrais chiffres. Alors moi j’ai ma propre liste de français (avec e-mail) qui me contactent, je leur demande toujours si je peux garder leur adresse et leur envoi ensuite des informations concernant le Consulat général etc. Ca représente peut être 50 contacts (avec bien sûr des couples, mais pas toujours)."
Isabelle : « D’où et quand exactement sont arrivé les français installé en Tasmanie, après la seconde guerre mondiale, plus récemment ? »
Dianne : « C’est tout a fait différent qu’avec les allemands. Il y a des français qui habitent ici depuis longtemps en effet. Il y en a d’autres avec un certain âge qui viennent du « Mainland » (le grand continent australien) et qui ont décidé de vivre ici. Il y a aussi des jeunes français qui viennent faire des études doctorales et qui restent en Tasmanie. Ca c’est formidable ! Il y en beaucoup qui veulent rester aussi. D’ailleurs c’est les français qui veulent rester alors que les françaises veulent presque toujours revenir en France, et si ils sont mariés ils reviennent en France, la femme semble avoir le dernier mot. Les français se sentent bien, aiment la vie ici et bien sûr l’environnement unique et en tant que scientifiques ils doivent être doublement séduit par l’endroit. Les françaises c’est pareil, mais ne s’imaginent pas rester. C’est souvent pour la famille qu’elles retournent en France…c’est si loin. C’est très intéressant."
Isabelle : « Le français est bien enseigné dans toutes les écoles en Tasmanie ? »
Dianne : « Non, plus toutes les écoles ça a un peu changé depuis ton époque. Beaucoup d’écoles primaires ont arrêté les programmes de langues et aussi aux Lycées. Beaucoup de Lycées n’enseignent plus de langues du tout ! Ca se comprend, le grand intérêt du nouveau premier ministre Kevin Rudd est la Chine. Il est d’ailleurs lui-même le premier 1er ministre australien à parler une autre langue, le chinois. Il va donc promouvoir le chinois et les langues asiatiques. Ceci s’est produit il y a vingt ans et ça va certainement recréer un déséquilibre dans les financements des langues européennes. L’idéal serait d’apprendre une langue européenne et une langue asiatique, c’est ce que j’ai toujours dit à mes élèves. Tous les gens qui reviennent et qui ont goûté à l’Europe disent combien ils regrettent de ne pas avoir appris de langues européennes ou à l’inverse combien c’était important de connaître ces langues. Ca représente beaucoup de choses qu’ils ne comprenaient pas tant qu’ils n'avaient pas quitter l'Australie. C’est ce partage, cette découverte des cultures qui est très importante. Le gouvernement sait que l’Europe est importante, notamment en terme de liens commerciaux !"
Jeremy : « Merci beaucoup Mme Dianne Bye ».
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