mardi 10 mars 2009

ARTMOB GALLERY - La culture indigène sous toutes ces toiles et tout ces chiffres !!! [avec Euan HILLS, manager]

http://www.artmob.com.au/

[€nregistrement et tr@duction: Jeremy Blahay]
Interview English Version


Après notre riche entretien avec le galeriste Dick Bett et ses nombreuses connaissances sur l’art aborigène à la fois dans sa dimension traditionnelle, contemporaine et politique, je voulais en savoir plus sur cet art indigène dit « traditionnel ». J’ai alors découvert et pris contact avec la ArtMob gallery et son manager

Euan Hills spécialisé en art aborigène. Nous avons donc discuté devant sa galerie, en terrasse, sous le soleil éclatant de Hobart, près des Docks :


Jeremy : « Bonjour Euan, en introduction pouvez vous vous présenter et nous dire ce que vous faisiez avant de diriger cette galerie ? »


Euan : « OK ! Je m’appelle Euan Hills, je suis né à Hobart en 1952 j’ai donc 56 ans ! J’ai vécu ici toute ma vie mais j’ai voyagé assez souvent. La première partie de ma carrière professionnelle était dans l’informatique. J’ai travaillé dans les sciences et les technologies pendant 32 ans m’occupant de différentes choses : j’ai été programmeur, puis responsable du pôle scientifique d’une entreprise. Ensuite j’ai lancé ma propre société d’informatique qui est devenue assez importante dans le milieu, employant 35 personnes, en 1990 et que j’ai dirigé jusqu’à ce que je la vende au milieu de l’année 2000. Entre temps, j’ai eu quelques autres rôles dans la vie, notamment en devenant membre du conseil de gestion du Tasmanian Museum and Art Gallery, j’étais aussi au Conseil de l’Université de Tasmanie pour l’Institut de Recherche et l’Intitut de Médecine. Plus récemment j’ai rejoint une des sociétés de managers qui viennent de l’université appelée : New Tass Innovation. Je n’étais plus dans le circuit depuis sept ans, c’est assez récent ! En effet après que j’ai vendu mon entreprise en 2000 je ne voulais pas me lancer dans une autre activité trop rapidement et j’étais devenu allergique aux technologies, j’avais baigné dedans depuis trop longtemps. Un grand changement s’imposait.


On est alors allé voyagé. Nous sommes allés dans l’Ouest australien et avons passé trois semaines à découvrir le « Rock Art » de la région du Kimberley. C’était quelque chose que j’avais toujours voulu faire. J’avais une passion pour cet art sur roche depuis que j’avais peut être 4 ou 5 ans. Ca a du probablement commencé en regardant les encyclopédies de mon grand père, il y avait certainement des images des Grottes de Lascaux en Dordogne, et aussi de l’art de Miro en Espagne. J’ai toujours était fasciné par le « Rock Art » et quand je l’ai vu de mes propres yeux au Kimberley ça m’a littéralement éblouit, ce fut incroyable.


Ensuite sur notre chemin de retour vers Alice Springs, nous avons acheté un certain nombre d’œuvres d’art aborigène pour les ajouter à celles que nous possédions déjà. Mais je pouvais les voir avec un nouvel œil, ayant été sur la terre où elles avaient été peintes. Je pouvais comprendre un peu plus ce qu’ils essayaient de dire avec ces peintures, lié aux origines et à l’histoire de l’art aborigène. Je suis alors devenu vraiment fasciné d’art aborigène et ai créé une liste rassemblant tous les concepts pour la première fois dans l’histoire.

J’ai acheté quelques autres œuvres et ai commencé à accumuler une importante collection, dont quelques acquisitions venaient de chez Dick Bett.

Il était aussi très intéressé par la vente d’art aborigène et je lui ai acheté quelques pièces. Mais pour être franc, le processus d’achat n’était pas très agréable, tout ce que j’achetais n’était qu’un nombre pour lui alors que pour moi c’était acquérir un morceau de culture. Je savais que cela contenait beaucoup de chose. Je voulais en savoir plus sur les relations entre ces artistes et leurs régions. Mais cela m’était impossible par cette voie, je devais tout découvrir par moi-même. J’ai senti qu’une galerie se devait de beaucoup plus fournir d’informations à propos de l’histoire, des raisons pour lesquels ils peignaient cela, de quelles régions ils venaient, des différences et des particularités qu’on pouvait observer suivant les tribus et les clans, où se situait le lien entre la culture « noire » et la culture « blanche »…etc. Toutes ces choses étaient réduites à un code de produit ou un numéro au dos du tableau, ce que je trouvais un peu mince comme argumentation.


J’ai expliqué ça à Dick Bett. Je pensais avoir certaines qualités et compétences qui pouvaient s’ajouter aux siennes et l’intéresser. Je lui ai donc offert mes services et lui ai monté un business/plan qui suggérait que j’investisse de quelques centaines de milliers de dollars dans notre affaire, fournir mes compétences pour améliorer son Web site et aussi mes connaissances et habilités pour chercher et collecter des informations sur l’origine de chaque œuvre et particulièrement sur les artistes pour l’acheteur.

Après deux semaines de délibération sur cette offre, je suis allé le voir, je n’avais plus de nouvelles et il m’a dit : « non, je ne suis pas intéressé ». J’ai été extrêmement surpris, c’était une très belle proposition !

J’ai dit alors que je devais peut être ouvrir ma propre galerie et il m’a dit « bonne chance à toi ! ». J’ai pris ça comme un challenge. J’ai donc lancé en 2002 la ArtMob comme une intelligente nouvelle galerie, juste de l’autre côté du quai là-bas près de la Despard Gallery! Nous étions là initialement avant de s’installer ici dans ce bâtiment désaffecté, zone où se trouvaient les anciennes fabriques Henry Jones de confiture, en Juillet 2004.


C’est un endroit magnifique pour une galerie : dans une partie de Hobart à l’intense activité, avec une bonne exposition sur l’extérieur, proche du flux de touristique en général. C’est un endroit où convergent plein de gens, certains peuvent juste passer jeter un coup d’œil par hasard venant de l’hôtel juste à côté. C’est aussi très facile d’accès pour les gens qui veulent me rendre visite. La disposition de la galerie est aussi très bonne, je peux utiliser l’espace de derrière et sa vitrine pour exposer des œuvres plus grandes ou pour isoler certains travaux trop colorés ou saturés par rapport au reste de la galerie, où les gens peuvent aller librement et même s’isoler, s’asseoir pour réfléchir avant de prendre une décision."

Isabelle : « Saviez vous que ça aurait un impact sur votre business si vous changiez d’endroit ? »


Dick : « Oh oui ! J’ai doublé mon affaire presque immédiatement en venant ici ! Mais aussi la dynamique et peut être la segmentation du marché étaient très intéressante. Quand j’étais à mon ancien emplacement, je vendais environ 10% de mon commerce à des tasmaniens locaux. Quand je suis arrivé ici ça a soudainement grimpé à 25% en doublant le chiffre d’affaire ! Je vendais donc cinq fois plus de produits localement qu’avant ! C’était parce que les gens étaient forcés de voir le lieu si ils aimaient emprunter ce chemin où il y a une forte activité sociale avec des personnes du coin qui se retrouvent pour discuter ou boire un café. J’étais très surpris ! Ceci leur ouvrait une nouvelle forme d’art ce qui a créé, je pense, et ce qui créé toujours un très fort degré d’intérêt !

J’ai vendu beaucoup d’œuvres en tant que premier achat d’art. Les gens souvent n’avaient encore jamais pensé acheter de l’art, ils venaient dans ma galerie et devenaient très enthousiastes."


Jeremy : «Vous avez déjà répondu à de nombreuses questions que j’avais à vous poser ! Vous êtes donc spécialisé en art aborigène… »


Euan : « Je dirai plus d’art indigène ! L’appellation aborigène concerne le premier peuple qui est arrivé sur le Mainland australien et en Tasmanie. Celui-ci ne concerne pas à l’inverse les peuplades du Detroit de Torres au Nord Est de l’Australie (Torres Strait Islanders), ils ne sont pas aborigène, mais mélanésiens océanographiquement. J’ai vendu beaucoup d’art indigène du détroit de Torres. Il y a de nombreux coins au Nord de l’Australie où tu devrais aller, tout comme de nombreux autres au Sud ! Nous sommes d’une île et ils ont leurs propres îles, et c’est intéressant qu’il y ait des connexions entres îles ! Presque chaque jour je vends une œuvre d’art du Detroit, particulièrement le travail de Denis NONA, une très très brillante artiste ! Le mot indigène englobe donc tous les types de peuples traditionnels."


Jeremy : « Y-a-il d’autres structures comme la votre, entièrement vouées aux arts indigènes et donc aborigènes en Tasmanie et en Australie ?"


Euan : « Nous sommes les seuls en Tasmanie entièrement concentré sur ces arts. Il y a quelques autres galeries qui ont de quelques fois des expositions qui incluent de l’art aborigène, comme Dick Bett. La Despard Gallery également de temps en temps. Puis il y a 2 ou 3 autres petits lieux assez bien pensés comme ce petit espace à Davenport. Ensuite dans le Mainland australien, oui, il y a probablement comme 30 à 40 galeries spécialisées en art aborigène, quelques unes d’entres elles s’étendent à l’art indigène en général. Pour ce qui est des autres galeries, elles jouent sur les deux fronts : à la fois elles vendront des choses de la culture blanche et noire."


Isabel : «…et principalement dans les villes de Melbourne et Sydney ? »


Euan : « Oui Melbourne et Sydney. Elles tendent à donner une meilleure assurance ! C’est une question d’audience beaucoup plus importante aussi"


Jeremy : « Est-ce que vous pensez qu’il y a de plus en plus de lieux comme ceux-ci en Australie ? Pouvons-nous parler d’une euphorie pour l’art aborigène ? »


Euan : « Oui, absolument ! Beaucoup de gens savent qu’il y a énormément d’argent autour de l’art aborigène. C’est une très grosse industrie, il n’y a aucun doute à ce sujet ! Si tu regardes la taille du marché, cela représente peut être 200 à 300 000 000 $ (australiens) par an en Australie, ce qui est une frange très importante du marché de l’art. Donc la plupart du marché de l’art australien est régulé par l’art indigène. Aussi nous exportons beaucoup d’œuvres qui sont alors disponibles à l’étranger. Je pense que tu trouves de l’art aborigène dans près de 70% des exportations d’œuvres d’art du pays. C’est donc un très large business, et certaines personnes dans ton pays doivent s’en réjouir ! Les Français adorent l’art aborigène !


Il y a toujours eu des gens dans les affaires attirés par les opportunités et certains savent en tirer profit et d’autres échouent. Dans n’importe quel business, le succès est directement proportionnel à la quantité d’effort que tu vas y injecter, c’est une chose en affaire que j’ai apprise il y a bien longtemps. Tu peux avoir de la chance, mais généralement si tu travailles dure les choses réussissent. Je travaille dure, et j’apprécie travailler dure. C’est certainement une des raisons pour laquelle je suis peut être la meilleure galerie d’art aborigène du pays ! Susan McCulloch me l’a confiée, qui est une très grand écrivain et critique d’art."


Jeremy : « Pouvez-vous me décrire ce qu’est l’art aborigène exactement, qu’elles en sont les concepts, les symboles, l’histoire dans ces œuvres ? »


Euan : « C’est difficile d’expliquer, mais ce que je peux dire dans un premier temps c’est que cet art est celui du peuple aborigène, c’est aussi simple que ça. Ça peut ressembler beaucoup à l’art des blancs. Quand tu observe aujourd’hui ce couteau grossièrement représenté sur ce mur, tu peux penser qu’une personne blanche pourrait peindre cela aussi très facilement et c’est vrai. Mais cet art concerne le peuple originel de ce pays et les témoignages de celui-ci. Le savoir du pays remonte à 50 000 ans ! Donc ce qu’ils peignent est transmis à notre culture comme une partie de ce passé historique, tout en sachant que la peinture blanche n’a pu émerger et être présentée ici seulement il y a deux cents ans.

Il y a de grandes différences scéniques, cependant il y a de très intéressantes parallèles, quand tu regardes le travail de Ronnie TJAMPITJINPA, ou Georges TJUNGURRAYI, (des œuvres des tribus du PINTUBI), il y a chaque fois une grande qualité optique, c’est presque comme une illusion que ces rayures créées et que tu peux comparés également avec Bridget REILY du Royaume-Unis.

Il y a d’autres parallèles entre l’art aborigène et l’art des blancs et la question est qui leur a appris ? Il n’y a eu aucun partage de connaissances entre les deux. Ceux-ci ont surgit par hasard à différentes périodes et différents endroits, mais il y a une intéressante comparaison et une intéressante rencontre des concepts notamment sur le temps et l’environnement que ce soit dans les paysages à l’aquarelle ou de nombreux autres aspects extérieurs.

Il y a beaucoup d’artistes aborigènes par rapport à la proportion d’artistes blancs. Je pense que beaucoup des ces artistes blancs n’osent pas exprimer, par timidité, leur qualité et le talent, peut être jusqu’alors caché en eux."


Isabel : « C’est aussi peut être parce que c’est un thème majeur et à la fois très traditionnel en peinture que la représentation du temps, et de la nature. Celui-ci est née et ce depuis très longtemps pour traduire la vie de tous les jours. Ceci explique peut être pourquoi on peut retrouver des schémas similaires dans les productions artistiques chez toutes les populations quelles qu’elles soient. »


Jeremy : « J’ai entendu parler d’une part très importante du rêve dans la culture aborigène et donc dans leur création ? »

Euan : « La culture aborigène, leur histoire et mythe se transmettent oralement de génération en génération, ils n’ont pas de système d’écriture. Dans notre culture, nous avons les livres, nous avons internet…etc… une importante quantité d’information écrite ou visuelle. Chez eux tout est oral. Ainsi un père va raconter des histoires à son fils pour par exemple décrire comment aller chasser, faire de la bière, ou même où trouver de très jolies filles ! Il se passe évidemment la même chose avec les mères et leurs filles, qui vont leurs expliquer comme trouver et choisir la nourriture dans la brousse, comment la préparer, comment avoir de bon rapports sexuels et comment se comporter pendant la grossesse…etc…Elles leur apprennent tout cela.

Il y également des échanges entre pères/filles et mères/fils pour transmettre ce savoir. Ce savoir se donne ainsi de cette manière comme page après page dans encyclopédie. Mais une chose commune et essentielle est effectivement le rêve : Les informations qui ont traversé les âges depuis des temps immémoriaux, quand le monde était encore à l’état de terre plate, quasi-vide puis qu’est arrivé l’épisode de la création, appartiennent chez les aborigènes à ce qu’ils appellent « The Dream Time » (le temps du Rêve). C’est là que tout commence, que tout prend sens, toutes les théories, toutes les histoires, les traditions…toute la Culture. Et toutes ces images que tu peux voir sont aussi, peut être, reliées aux rêves. Ce n’est pas quelque chose qui arrive dans ta tête quand tu dors, ca n’à rien avoir avec ça. Un rêve dans la culture aborigène est plus comme une pièce de savoir, tout comme les peintures ! Cela nous parle d’un aspect très particulier de la vie et de l’Histoire aborigène."


Jeremy : « Y a-t-il une date clef où l’art aborigène est rentré dans les galeries et a commencé à intéresser les gens, a être reconnu comme tel ?"


Euan : « Oui il y a une date très importante qui se situe autour des années 1971/1972 et qui a vraiment propulsée l’art aborigène sur le devant de la scène. Ce que s’est passé dans une petite communauté appelée Pupunya à 50 km à l’ouest d’Alice Springs a été probablement le début du plus important mouvement artistique depuis 300 ans : le « Dot painting » (la peinture à points)! L’impressionnisme français a du certainement être le dernier en Europe, c’est ce que je pense (rires) ! Ce qui s’est passé en 1971 est le résultat de la dévotion et du travail de Geoffrey BARDON qui était enseignant et s’entendait très bien avec la population aborigène locale qui faisait parti d’une communauté très décalée ! Les gens qui était là pour la plupart avait été placé par le gouvernement. Pour des affaires politiques, le fort besoin de sécurité et les problèmes sociaux rencontrés par c’est population un peu en marge, l’attitude de les parquer dans un endroit faisait parti des décisions habituelles, et sans grande réflexion, des autorités australiennes. Ainsi ces gens étaient déracinés et n’étaient pas des plus joyeux et accueillant envers la population blanche.

Mais ce Geoffrey est arrivé dans cette communauté et est devenu ami avec beaucoup d’entre eux et il observa certains vielles hommes et jeunes enfants qui faisaient de très intéressants motifs sur le sable. Il pensa que c’était une importante partie de l’imagination qui devait être saisi. Il leur a alors donné des tableaux, toiles, pinceaux, peinture qui est un médium assez amusant a utilisé. Les vieux sages ont commencé à peindre des sortes de motifs très mystérieux, ce qui était problématique car les gens n’étaient pas autorisés à voir ceci, ni les blancs, ni les femmes aborigènes, ni les enfants…etc…il s’agissait d’un savoir caché noir.

Mais ceux-ci allaient voir Goeffrey à de nombreuses occasions et lui expliquaient tout ce qu’ils avaient individuellement à l’esprit. Petit à petit l’idée d’appliquer des points sur l’entièreté de la surface de l’œuvre pour cacher les images sous jacentes, a émergé.

De toutes ces expérimentations est né un genre d’art, qui est devenu une sorte de nouveau média pour ces gens, et ainsi a émergé ce nouveau marché du « Dot painting » où était représenté des cartes de la terre, ou des images de cérémonies et de nombreuses autres choses très importantes pour ce peuple. Geoffrey BARDON commença à promouvoir et vendre ces œuvres à Alice Springs, et récupéra pas mal d’argent pour la communauté. Ce fut un franc succès, ce qui renforça leur fierté dans le fait de pouvoir transmettre leur culture à travers ces images. Il se passait exactement le contraire de ce que le gouvernement fédéral voulait à l’époque, c’est à dire, assimiler toutes les personnes aborigènes du pays, les contraindre aux mœurs et à la culture blanche. Goeffrey fut persécuté très souvent à cause de ses actions. Après un an et demi il fit ses affaires et retourna à Sydney.


Malheureusement il est mort à un assez jeune âge, 67 ans, en Mai 2003. Je m’en rappelle bien car je connaissais l’impacte que ce type avait eu sur la société. Tristement cette histoire peu de gens la connaisse et on ne se souvenait pas bien de lui, excepté un galeriste qui rassembla des œuvres et organisa une exposition appelée « from sand to Schoolhouse » en l’honneur de Geoffrey BARDON et les artistes de Pupunya Tula. C’était en Août 2003 dans ma galerie ArtMob à l’époque où j’étais à côté de la Despard Gallery. J’étais donc à l’origine de ce projet !

Nous étions la seule galerie à avoir transmis son enseignement, son histoire. Ensuite en Novembre 2004, un livre parut, dont il avait écrit une bonne partie mais que son plus jeune frère termina, appelé « Pupunya, a place made after the story ». Ce livre, très épais, est fantastique tant du point de vue de l’histoire de ce peuple mais également de la complète interprétation de certaines premières œuvres clefs. C’est vraiment la Bible du « Dot painting » aujourd’hui.

Quand celui-ci est arrivé dans les maisons d’éditions de Melbourne, et que j’ai aussi co-publié, beaucoup de gens ont découvert tous ces artistes qu’il chaperonnait. Tous sont de merveilleux artistes et ont créé des choses absolument sensationnelles dès les premières productions et encore aujourd’hui. Beaucoup de leurs œuvres sont du Dot painting (ce qui peut décrire globalement l’art aborigène) et il y en a toujours énormément dans cette région centrale du désert.


Beaucoup d’autres communautés ont émergé un peu partout autour et le gouvernement est plutôt actif et soutient les activités culturelles des aborigènes pour essayer de préserver l’Histoire et leurs connaissances à travers cette production artistique. Chacune va alors développer des caractéristiques propres. En conséquence il va y avoir différents types de talents artistiques émergeant de différentes régions du pays, ce qui permet lorsque tu regardes une œuvre de savoir exactement d’où elle provient et c’est la même chose avec les artistes eux-mêmes dont tu peux reconnaître le travail singulier."


Jeremy : « J’ai également appris dans un documentaire français que certaines inégalités existaient concernant les pourcentages sur les prix des œuvres attribués aux artistes aborigènes lors des ventes. On ne pratiquerait donc pas toujours le 50%, 50% habituellement appliquer dans les contrats d’artistes par les galeristes et, en tout cas, pour les artistes blancs ?"


Euan : « C’est un sujet très intéressant à aborder. Le gouvernement était résolu à demander l’aide du Sénat, il y a deux ans, à propos du secteur des arts et de l’artisanat indigène. Il y eut plusieurs demandes, touchant par conséquent plus ou moins indirectement mon travail. Il y eut également certaines auditions juridiques pour en expliquer quelques unes. Il s’agissait d’une initiative du gouvernement précédent de John HOWARD pour élaborer une déclaration sur la conduite commerciale des marchants d’art indigène. Une entité a alors été créée la NAVA (National Association for Visuel Arts). Cette initiative n’a repris que récemment car il n’avait pas eu le temps nécessaire pour bien la mettre en place et est aujourd’hui sous le contrôle de l’ « Australian Council (for the Arts) ».

Ce conseil s’est d’ailleurs réuni ce jeudi. C’est un comité de 40 personnes qui doit réfléchir à comment améliorer la production et la vente d’art aborigène ou indigène et délivrer un texte. Jusqu’à maintenant nous avions un document de 30 pages qui recommande que les pourcentages doivent être en la faveur des artistes.

A la fin de cette journée tout le monde était d’accord pour affirmer que l’artiste est la pièce maitresse de toute création, même si les revendications des marchands, courtiers, vendeurs, galeristes, chacun d’entre eux, étaient qu’ils jouent un rôle extrêmement important dans toute cette chaîne. Mais l’artiste était véritablement l’acteur à privilégier. Comme toute artiste, il se doit d’être rémunérer d’une manière appropriée en rapport avec à la fois, la quantité de fans, d’amateurs qu’il possède, et de quels types de personnes il s’agit (acheteurs ponctuels, occasionnels ou collectionneurs).


Il y a une distinction entre être un marchand et un agent. C’est un sujet sur lequel le gouvernement s’est beaucoup penché, mais ça ne m’intéresse pas tant que ça. Moi j’aime traiter et négocier directement avec des artistes et leur prendre des œuvres, et lorsque je vends, je les paye habituellement la même journée ou le jour suivant. Par exemple j’ai vendu une pièce à une dame hier, que j’ai postée aujourd’hui pour la France, mon artiste a été payé aujourd’hui.

Mais laisse moi te dire une chose, ce ne sont pas des pratiques normales chez nos confrères des galeries d’art blanc. Il y a bon nombre de galeries autour d’ici qui peuvent mettre deux ans avant de payer leurs artistes, locaux pour certains d’ailleurs. C’est une situation triste. Maintenant le gouvernement semble vouloir signaler que les artistes indigènes étaient défavorisés mais je pense que le fond du problème est un mensonge. Ceci traverse toute l’industrie de l’art. Ce qui doit se passer pour l’art aborigène, doit également se passer pour l’ensemble du marché de l’art australien. Par un trop grand intérêt pour l’art aborigène je crois qu’on peut devenir raciste et faire preuve de discrimination et je suis très ouvert en disant cela. On a voulu par exemple importé un système légal français à propos des transactions successives d’œuvres qui sont « les droits de suite » (2% qui reviennent une fois que l’œuvre a déjà été vendu à l’artiste ou ses ayants droits. à chaque vente), mais le gouvernement a voulu l’appliquer uniquement pour le secteur de l’art aborigène.

Ceci pose le problème de savoir qui peut définir ce qui est aborigène de ce qui ne l’est pas, et certaines personnes s’y sont bien sûr opposé, en disant que ces droits devraient être appliqués à l’ensemble du marché. Donc le mois de Juillet de l’année prochaine cette loi doit être appliquée et ce pour l’intégralité de l’industrie de l’art. En effet, on a trouvé cela injuste, il y a du avoir un débat ou on a évalué plus en détails les biens fondés de cette loi et ses conséquences, seulement 5% de gens était d’accord avec celle-ci.


A propos des pourcentages : quand je représente des artistes locaux ici, je suis tenu de respecter des cotations fixé par l’ « association des commerçants d’art» à laquelle j’appartiens et qui existe depuis 9 ans maintenant. Nous avons à peu près 30 membres à travers tout le pays, principalement des galeristes d’art, et nous avons établit un pourcentage commun à rendre aux artistes. En effet dans tous les cas les artistes obtiennent 60% du chiffre de la vente de leurs œuvres et les galeristes 40 %. Cependant si j’achète une pièce d’un artiste, plus comme un courtier, je peux également prépayer une série que l’artiste n’a pas encore faite, pour qu’il puisse vivre mais dans ce cas précis je ne pense pas que la meilleur des formules soit le « fifty-fifty ». Dans le cas d’une vente, ce sera je pense plus de l’ordre de 40% pour l’artiste et 60% pour moi. Cela dépend aussi si j’ai fourni les matériaux à l’artiste aussi…etc. Tout dépend des circonstances. A l’heure actuelle une œuvre d’art qu’un artiste a produite et que j’ai payé 10 000 $ pour ce travail, si je m’assois là-dessus pendant 10 ans peut être que l’artiste peut décéder entre temps, je ne pense pas que j'ai une quelconque obligation morale de vendre cela 20 000 $ à cause de la loi. Ce peut être plutôt de l’ordre de 100 000 $. Bien sûr si je vends une œuvre de ce type, dans ce genre de circonstances, je m’engage généralement à offrir un surplus d’argent à la famille de l’artiste.


J’ai par exemple actuellement une pièce de Dorothy NAPANGARDI, je ne pouvais pas la vendre à 25 000$, alors j’ai poussé le prix à 60 000$, la National Gallery est très interessée ! Et si je la vends à la National Gallery, je donnerai à l’artiste 20 000 $ de plus.


Je ne pense pas qu’il faille trop embrigader le marché à travers des lois qui réguleraient les prix ou qui diraient ce qu’il faut ou ne pas faire, il s’agit d’une entreprise libre et des opportunités se présentent et peuvent être à le fois bonne pour moi et mes artistes. Et la logique veut que si c’est bon pour moi, d’une façon ou d’une autre c’est aussi bon pour les artistes. Je ne suis pas un mercenaire sans foie ni lois qui ne pense qu’au profit, je veux juste satisfaire mes clients et mes artistes."


Isabelle : « Comment trouvez-vous vos artistes ? Certainement à travers vos voyages et des rencontres dans un premiers temps je suppose ? »


Euan : « Certains artistes viennent à moi. Ils savent qui je suis parce qu’ils ont vu mon web site et contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce sont des gens très futés du fait de l’éloignement de certaines communautés dans le désert, ils peuvent être amené a utilisé certains moyens de communications simple et rapide comme Internet aujourd’hui, et ils s’adaptent assez vite aux nouvelles technologies, que ce soit dans les télécommunications, e-mail…etc…D’autres travaillent au sein de communautés qui tiennent des centres d’art, et ces centres organisent et montent des expositions en groupe. Par exemple il y a un rassemblement annuel en septembre le « Desert Mob Art Exhibition » à Alice Springs dans l’Araluen Arts Centre, qui regroupe 35 centres d’art de communautés qui montrent leur travail et trouve une visibilité dans le monde entier. Je m’y rends chaque année pour découvrir de nouvelles choses et des artistes prometteurs, ainsi que pour faire l’acquisition de quelques œuvres, d’ailleurs mes trois meilleures acquisitions venaient du Desert Mob.

Je fais la même chose en Août pour le « Telstra National Aboriginal and Torres Strait Islander Art Award » qui cette année a été le 25ème prix décerné au Museum and Art Gallery of the Northern Territory à Darwin. C’est un bon moyen pour sentir qui a le vent en poupe, c’est vraiment la crème de la crème des artistes du pays représentés là-bas.


D’autres artistes m’interpellent juste en me disant qu’ils savent que je vends tel type de choses et qu’il vaudrait également pouvoir vendre leur création et me présentent leur travail. Je peux moi-même avoir des coups de cœur pour certains artistes qui en cinq ans peuvent devenir des acteurs clefs du marchés. Je vais voir aussi ce qui se fait dans d’autres galeries et quelquefois je travaille avec d’autres galeries pour aider et pulser la promotion et la confirmation d’un artiste.


Pour ce qui est des clients, c’est comme vous pouvez voir aujourd’hui, des gens qui découvre et se balade à la galerie, des gens me trouvent via le site et « google » met en avant mon site assez souvent. J’espère avoir conçu le meilleur site web d’art du monde, il fonctionne très vite, je fais parti des quelques galeries où absolument toutes les informations sont présentes, que ce soit sur les prix ou les descriptifs et historiques des artistes et leurs œuvres. Il faut pouvoir limiter au maximum la demande d’informations à propos de ce que tu as devant les yeux et permettre le coup de cœur et la prise de décision « j’aime ça, je veux l’acheter ! ».


Jeremy : « Et d’où sont principalement vos acheteurs ? »


Euan : « 25% de ce que je vends reste ici en Tasmanie. 50 % partent au Mainland australien, et les 25 % dernier sont à l’étranger. Mais bien sûr ce ne sont que des statistiques très variables car par exemple vu la période dans laquelle on se trouve mes ventes à l’étranger sont relativement basses du fait de la crise financière mondiale. Ainsi certains marchés peuvent être plus sensibles et contraints que d’habitude. En ce moment nous vendons beaucoup de petites pièces et pas tant de grosses œuvres."


Jeremy : « Y a-t-il de gros collectionneurs d’art aborigène ? »


Euan : « Oh oui, énormément ! Bien sûr de nombreuses institutions ont dressé au fil du temps d’importantes collections d’art indigène, comme par exemple the Art Gallery New South Walles, the National Gallery of Australia à Canberra, the National Gallery of Victoria, la plupart des Musées d’Etat, excepté ceux de Tasmanie ! On ne voit pas trop d’art aborigène, ici en Tasmanie, malheureusement.

Il y a également de grandes institutions internationales comme University of Virgina, USA, il possède une très, très intéressante collection d’art aborigène d’Australie.


Il y a aussi quelques collectionneurs clefs comme la famille de Robert et Janet HOLMES à Court. Très tôt ils ont commencé à réunir une importante collection, et ont soutenu les premiers artistes aborigènes à Perth. Je vends aussi certaines pièces à un très grand collectionneur, Pat CORRIGAN et qui vient juste de publier un livre sur sa collection post-année 2000, où il a vraiment commencé à se pencher sur l’art aborigène, appelé « New Beginings ». Un livre très bien fait ! Beaucoup de gens ont une grande fascination pour l’art aborigène."


Isabelle : « A propos des pièces que l’on peut observer dans toutes ces galeries, quelle est la proportion d’œuvre qui viennent de Tasmanie ? »


Euan : « A peu près 5 %. Et le reste d’un peu partout ailleurs ! Tu vois, ici, nos aborigènes ne sont pas pleinement aborigène au niveau du sang (full blood : de race pure), le ratio le plus proche en terme de ressemblance est de 1/16ème, ils sont métissés. Par conséquent et en plus par l’histoire aborigène en Tasmanie, beaucoup de cette culture a disparu ou est très mince ici bas. Il y a beaucoup d’autres langues parlées, et il n’y a pas eu un développement artistique très dense.

On a des traces de mains, des glyphes et autres motifs tribaux sur des pierres qui remontent loin en arrière et c’est a peu près tout. Mais encore une fois nous avons perdu beaucoup de choses et qui sait, ils ont peut être été très prolifique. Ensuite il y a d’autres activités comme la fabrication traditionnelle (un savoir qui se transmet depuis les temps anciens) des colliers de coquillage par les femmes des îles du Nord, le tissage à la main, et également la collecte d’hirondelles par les hommes…etc…toutes ces choses sont une partie importante de cette culture et vous avez du voir tout cela au Tasmanian Museum and Art Gallery.

Mais les artistes actuels que je peux vendre sont assez limités. Je possède quelques artistes clefs que sont Mick QUILLIAM, dont vous pouvez observer une œuvre sur le mur noir juste derrière là. J’ai vendu deux de ces œuvres hier. Il travail dure.

J’ai aussi Leigh OATES que je vends bien en ce moment. Rosalind LANGFORD est une autre artiste à moitié tasmanienne par son père et Victorian par sa mère."


Jeremy : « En ce moment pouvez vous nous dire qui est le plus grand artiste aborigène tant d’un point de vue de la reconnaissance par le milieu et du niveau de prix des œuvres ? »


Euan : « Cela dépend vraiment du moment. Mais évidemment il y a quelques grands noms avec notamment la plus grande artiste femme aborigène, Emily KAME KNGWARREYE qui décéda en 1997. Son travail a eu un grand succès notamment grâce a de grosses expositions à Tokyo, au Japon. Les japonais sont devenus des mordus de son travail. Cette même exposition a eu lieu au National Museum de Canberra.

Son travail est encore très prisé et de très grande qualité. Elle vient de la région de l’Utopia dans le Nothern Territory, où il y a de nombreuses autres femmes qui produisent un très bel art tel que Gloria PETYARRE (vraiment fantastique !), et dont le travail a été instinctivement reconnu par les gens du milieu de l’art. Minnie PWERLE en est une autre qui est décédée il y a 3 ans, et ses trois sœurs continuent de peindre également et sont aussi bien reconnues.


Tout cela dépend sur quelles tribus tu te penches. Si tu regardes les tribus du Pintubi, ils ont toujours eu de très bons exposants et probablement le plus énigmatique et intéressant travail que j’ai vu. Il y a par exemple Ronnie TJAMPITJINPA qui est probablement le plus influant dans cette zone, et aussi Georges TJUNGURRAYI, dont les œuvres peuvent varier de 4000 $ à, la plus chère que je possède, 75 000 $, ça vaut probablement le double voir le triple, une très belle et grande œuvre. Tout cela dépend de l’endroit où l’on se trouve encore une fois.

Il existe environ 250 tribus différentes, et j’ai eu l’occasion à travers ma galerie de travailler avec peut être 40 d’entres elles, et chacune possède leurs têtes d’affiche, chacune poussent leurs artistes vers le haut de l’échelle. Mais la popularité est très variable dans le milieu de l’art, quelque fois on peut être au top pendant un an, et complètement out les 10 années qui suivent. Ou bien l’inspiration arrive soudainement chez les mères aborigènes et tout le monde est en attente."


Jeremy : « On ne parle donc pas en millions de dollars, comme pour certaines ventes aux enchères d’artistes chinois, européens ou américains (et bien sûr d’autres pays) ? Je sais que maintenant toutes les plus grandes maisons de ventes, que ce soit Christie’s ou Sotheby’s ont leur département d’art aborigène. »


Euan : « En général non, mais c’est intéressant car, aujourd’hui dans les ventes aux enchères, l‘art aborigène commence juste à rattraper les artistes blancs les plus côtés. L’année dernière une œuvre d’art aborigène de Thomas TJAPALTJARRI a été achetée par la National Gallery 4 000 000$ ! Ceci a poussé le monde de l’art aborigène à créer une nouvelle ligue, rassemblant, et fonctionnant aussi avec les plus grands artistes blancs australiens.

Ceci a permis à des artistes comme Emily KAME KNGWARREYE de vendre une pièce à 1.2 000 000$ récemment ! Une autre œuvre a dépassé le million l’année dernière. Avant cette euphorie, le prix le haut pour une œuvre était attribué à Thomas, suite à l’achat de la National Gallery en vente aux enchères, pour 767 000$, je crois! Ce qui est peu quand on regarde l’énergie et la qualité présente dans le travail de cette communauté indigène et toute la vie qui s’organise autour. C’est tout de même réconfortant de voir l’évolution et les changements apparus au fil du temps, des premières œuvres d’inconnus au milieu du désert jusqu’à aujourd’hui le statut de star de certains artistes. C’est très valorisant pour eux."


Isabelle : « Comment se passe l’organisation des expositions ? En faites-vous souvent ? Plutôt individuelles ou de groupe ? »


Euan : « Je fais une nouvelle exposition tous les mois. En ce moment il s’agit de « Naïve but Nice » qui montre des œuvres au style naïf d’enfant aborigènes. Pendant de nombreuses années je faisais des expositions on-line, virtuelle, mais j’ai voulu promouvoir tout cela dans la réalité avec cette exposition monter la semaine dernière, et qui a eu un très bon accueille. Le mois prochain je fais une exposition appelée « Ikuntji Icons » dont je fournis les matériaux.

Les œuvres viennent de l’Ikuntji Art Center de la communauté du Haasts Bluff, qui n’est pas très loin de Papunya, à l’ouest d’Alice Springs. Ensuite en Février, viendra une exposition intitulée « the Gang comes to Hobart » d’une communauté très reculée en pleine nature sauvage du Lockhart River dans le Far North Queensland. Ce sera une sélection de travaux de jeunes artistes contemporains surnommés « the Art Gang ».

En Mars j’organiserai une exposition solo de Mick QUILLIAM, un tasmanien.

Je continue de mettre en ligne des expositions virtuelles comme récemment, une intitulée « The Black Stone on the Bush » qui compte 37 peintures, dont 7 que la galerie possède, mais les 30 autres pas encore. C’est du marketing ! Ces œuvres sont actuellement exposés à Adélaïde, cette exposition finit dimanche, et j’ai donc acheté toutes celles qui n’ont pas été vendu. Mais en avance j’ai pu monter l’expo virtuellement la nuit dernière. »


Isabelle : « A propos de ces expositions virtuelles, c’est quelque chose qui se fait de plus en plus en Australie, ou plutôt vous qui choisissait de procéder comme ça ? »


Euan : « Pas que je sache non, je le fais depuis que j’ai ouvert la galerie. J’ai toujours eu beaucoup de choses à montrer, et n’ayant pas toujours la place nécessaire car la galerie est pleine d’œuvres et choses très intéressantes, d’artistes importants que je vends souvent, en plus de l’exposition actuelle, alors oui, ca simplifie beaucoup de choses. Je peux donc cumuler plusieurs expositions dont je suis sûr que 99% de mes clients verront ! »


Jeremy : « Oui j’ai moi-même fait un stage dans une société de vente en ligne d’œuvre d’art, et mon directeur me disait souvent que les espaces de galeries, comme on les connait aujourd’hui, sont voués a disparaître et que la galerie virtuelle est le futur de l’art. »


Euan : « Tu sais, je suis d’accord dans une certaine mesure. Mais ça me fait toujours peur d’entendre ça aussi, car l’art aborigène comme n’importe qu’elle art ne peut se passer du véritable contact et lien qui se créée entre une personne et l’œuvre physiquement parlant ! Il y a cette texture et cette lumière que tu ne peux reproduire via un écran d’ordinateur sur le net ! De plus il y a toujours cet aspect technologique qui restreint le nombre de couleurs, même si il est très élevé aujourd’hui, ce ne sera jamais la parfaite vision de la réalité. On passe par tout un tas d’intermédiaire qui traite et transforme l’information : un appareil photo, puis un ordinateur, un logiciel, puis un écran et enfin seulement ta rétine, avec ensuite ton décodage cérébrale et ta propre interprétation.

Sans oublier toutes les modifications possibles appliquer aux images, qui peuvent nous tromper sur la vraie nature des choses.

Par exemple une œuvre m’a été retournée aujourd’hui car mon client, mécontent, n’avait pas acheté exactement la même œuvre qu’il avait observé sur son écran, mais c’est la première fois que ça m’arrive ! Mais ça ne me dérange absolument pas de la récupérer mais peut être que je demanderai à mon artiste de peindre l’apparence qu’avait son œuvre sur un écran !!! (rires). »


Jeremy : « Vous vendez donc principalement sur le Web ? »


Euan : « Oui ! Mais c’est très australien. Ici les distances sont énormes et pas beaucoup de clients peuvent me dire « okay j’arrive en avion maintenant, une œuvre me plait ! » même si je les encourage à le faire, d’autant plus que il ne s’agit pas de petites sommes, et pour qu’ils sachent exactement ce qu’ils vont acquérir ! En plus une fois ici, ils pourraient flasher sur d’autres choses qu’ils n’auraient pas imaginées ! Mais finalement le problème se pose pour tous vendeurs d’art à l’étranger. Je peux vous donner un maximum d’informations sur l’œuvre avec plusieurs clichés sur des détails, faire varier la lumière avec ou sans flash…etc…ce que nous faisons souvent d’ailleurs."


Jeremy : « Pouvez vous me dire plus sur les foires d’art, en l’occurrence aborigène. Y en a t ils des spécialisées dans votre secteur en Australie, est ce que votre galerie y participe ? »


Euan : « Oui il y en a un certains nombres. L’une des plus connues est celle qui se déroule à Sydney, la Sydney Aboriginal & Oceanic Art Fair (SAOAF), avec également la Darwin Aboriginal Art Fair ou encore la Melbourne Art Fair (plus généraliste) ou enfin la Sydney Affordable Art Show, et de nombreuses autres.

Mais je ne m’y intéresse pas trop. Je m’occupe de mon affaire que j’essaye de faire tourner le mieux que je peux, et qui pour le moment se porte bien. Si je devais faire une foire, ceci me couterait beaucoup d’argent, je devrais trouver quelqu’un qui tienne la galerie pour moi, en plus des frais importants qu’entraine une foire. ceci m'obligerait alors à faire beaucoup plus de chiffre pour compenser tout cela. Or avec le nombre de clients et d’artistes que j’ai aujourd’hui, je me sens confortable et je n’ai pas besoin d’un état de stress supplémentaire. Je me limite à mon activité, et je refuse de faire des foires."


Jeremy & Isabelle : « Merci beaucoup pour cet enseignement riche et ce temps précieux que vous nous avez accordez Eaun. »

1 commentaire:

Anonyme a dit…

un éclaircissement des plus riches sur cette culture il est vrai méconnue