mardi 10 mars 2009

DICK BETT GALLERY - Aboriginal Contemporary Art

http://www.bettgallery.com.au/about.htm

[€nregistrement et tr@duction: Jeremy Blahay]

Comment se porte l’art en Tasmanie, quels en sont ses acteurs, quels types d’œuvres, et variétés d’artistes peut on trouver sur cette île du bout du monde, et donc d’une manière général en Australie? Autant de questions auxquels je voulais trouver des réponses. Je n’ai pas eu besoin de chercher longtemps et le nom de Dick Bett s’est imposé très vite. Cette une des grandes références dans le milieu de l’art en Tasmanie à travers sa « Bett gallery » à Hobart :


Jeremy : « Merci de nous recevoir dans votre galerie, en pleine journée de travail je suppose. Question habituelle, pouvez vous vous présenter et nous expliquer un peu votre parcours ? »


Dick : « Okay ! So…J’ai toujours travaillé dans le milieu de l’art. Mes parents s’occupaient d’une « commercial gallery », une « dealer gallery », peu importe comment on appelle ça…en Nouvelle-Zélande pendant plusieurs années. J’ai donc grandi avec et j’ai dirigé moi-même, la deuxième génération, cette galerie commerciale. Mais je me suis aussi occupé d’une galerie publique en Nouvelle-Zélande pendant quelques années, puis aussi, en tant que directeur, j’ai travaillé dans une coopérative d’artistes, etc. etc…j’ai donc accumulé une sérieuse expérience dans le milieu de l’art. Puis j’ai dirigé cette galerie commerciale particulière, qui est bien établie maintenant, depuis 22 ans."

Jeremy : « Pourquoi la Tasmanie ? »


Dick : « Je suis donc originellement de Nouvelle-Zélande, mais j’ai vécu ici en 1966 pour intégrer the Art School de Hobart à 18 ans. J’ai fait mon Fine Art Degree ici et mon Post-Graduated Studies à Melbourne (…Gallery Art School in Melbourne). Ensuite j’ai passé 2/3 années à l’étranger, en Europe, au Canada puis j’ai passé 5 ans en Nouvelle-Zélande à diriger la galerie d’art publique, et un an à Melbourne, un an à Sydney, avant de décider, en 1985, de revenir en Tasmanie et de vivre ici définitivement et de m’occuper d’une galerie commerciale à Hobart qui était l’endroit où je voulais m’installer.

Ce n’était pas le meilleur choix que j’ai pu faire ! Ca aurait été beaucoup plus simple de travailler à Melbourne, Sydney ou même Auckland. Hobart est une ville très provinciale, pas très peuplée et ce n’est jamais facile."


Isabelle : « Quels types d’évolution avez-vous pu observer depuis vos début ici il y a 22 ans en terme de création artistique, de lieux dévoués à l’art, de l’intérêt qu’on y porte ? »


Dick : « Ca a beaucoup changé. Il y a 22 ans il n’y avait peut être seulement que deux galeries à Hobart, aujourd’hui il y a en a six ou sept. Les expositions à l’époque réunissaient plutôt des peintures à l’aquarelle de paysages tasmaniens, une peinture très traditionnelle. Tout cela a bien sûr changé assez radicalement avec le temps : c’est maintenant beaucoup plus contemporain, beaucoup plus ouvert d’esprit et diversifié, s’adressant à tous et pas si refermé sur soi-même et réducteur comme avant. Le public a aussi évolué étant bien plus subtil et averti. Il y a un fort intérêt pour la Tasmanie, de l’étranger, du Mainland sur ce qu’il se passe ici. Il y a une grande attention portée sur la Tasmanie. D’ailleurs 70% de nos ventes sont exportées de Tasmanie et seulement 30% reste ici."


Jeremy : « Combien d’artistes représentez vous? »


Dick : « En général 20 à 30 artistes. Ca varie un peu suivant les années, certains arrivent et partent. Oui plus autour de 30 artistes mais il y a environs 10 à 15 d’entre eux qui sont nos principaux artistes (là depuis le premier jour) autour desquels véritablement le marché s’organise et qui soutiennent le business de la galerie. Il y a donc ces artistes importants que nous appelons « stable artists » et les autres qui constituent une sorte de groupe de « floating artists ». »


Jeremy : « Dans tous ces artistes quelle est la proportions d’artistes tasmaniens ? »


Dick : « Oh nous avons près de 70 à 80% de nos artistes qui sont tasmaniens ! »


Jeremy : « Est-ce une vraie volonté de promouvoir et défendre spécifiquement les artistes locaux et par la même occasion cette région ? »


Dick : « Nous essayons de faire deux choses : Nous avons toujours promeut les talents tasmaniens, c’est très intéressant. Nous recherchons des nouveaux talents tout le temps, les encourageons autant qu’on peut et leur construisons une place dans le marché. Nous sommes connus dans le monde de l’art pour faire ce genre de choses. Mais nous apportons et accompagnons aussi d’autres artistes du Mainland en Tasmanie. Pour toujours être revêtu par l’excellence et la nouveauté il faut défier ses artistes à faire mieux tout le temps. Donc nous invitons et apportons des artistes clefs, des artistes connus pour qu’ils exposent ici, juste pour encourager nos artistes à faire mieux ! Les artistes tasmaniens, avec qui j’ai commencé, qui marchent bien ont tendance à sauver leurs meilleurs travaux pour le stock des galeries et tendent à ne pas montrer ceux-ci localement mais à Sydney, Melbourne…parce qu’ils sont très snob ! En apportant des artistes du Mainland à Hobart, ils rentrent en compétition avec eux, cette concurrence permet de montrer les meilleurs œuvres ici, d’augmenter le niveau et dynamise la production et la qualité du travail de mes artistes locaux. »


Jeremy : « J’ai lu sur votre web site que vous défendiez aussi les artistes aborigènes contemporains. Quelle est leur place dans le monde l’art contemporain australien ? »


Dick : « Quand je travaillais en Nouvelle-Zélande, dans la galerie publique à la fin des années 70, début 80, parce que c’était une galerie provinciale très connue j’ai beaucoup travaillé avec des artistes Maories locaux. Quand j’ai décidé de retourner à Hobart pour y vivre, j’ai réalisé que je ne savais rien de l’art aborigène contemporain, j’y avais été indifférent. Celui-ci avait vraiment émergé aux débuts des années 70, j’avais été ailleurs pendant bien dix ans et je me suis rendu compte que je n’en savais pas assez à propos de cet art. J’ai donc senti que je devais spécifiquement m’y investir, d’abord personnellement apprendre sur cet art et ensuite commencer à en montrer. Le monde de l’art aborigène n’est pas différent du monde de l’art non indigène ou non aborigène. Beaucoup de gens peignent.


Il y a probablement plus de 5000 peintres aborigènes en Australie qui travaillent aujourd’hui. Parmi ces 5000 artistes nous ne serions intéressés que par, pas plus de 50 ! Et c’est strictement la même chose pour les artistes non indigènes qui sont peut être 20 000 ou 30 000 travaillant en Australie mais on ne s’intéresse qu’à une centaine d’entre eux. Cette centaine représente le meilleur de ce qui se fait. Il y a beaucoup de choses dans l’art aborigène que tu n’as pas besoin de connaître, tout comme dans le monde l’art non aborigène, ça ne vaut rien !"


Jeremy : « Vous devez certainement connaître une artiste comme Tracey Moffat. C’est une artiste aborigène contemporaine et son support est la photographie. Je voudrais savoir si on observe une sorte de continuité, à travers ces artistes, dans l’art contemporain, par rapport à l’art aborigène dit « traditionnel » ? »

Dick : « Oui bien sûr, il y a un lien. Ce lien est un héritage commun, un langage commun, des cultures traditionnelles communes. Je veux dire qu’un groupe de population vit très traditionnellement dans des communautés isolées dans l’ « Outback » (l’intérieur du pays), alors qu’un autre groupe à une vie très occidentalisée dans la ville. Leurs préoccupations sont différentes. Pour l’un c’est en rapport avec le traditionnel, pour l’autre il s’agit d’un grand débat autour de problèmes politiques contemporains et combien ces problèmes politiques affectent la communauté aborigène. La plupart des artistes aborigènes citadins en Australie sont assez actifs politiquement et j’utilise leur art de façon logique, vraiment, pour promouvoir nos activités. Ils s’occupent donc de différents programmes et idées. Un groupe va mettre en avant les valeurs culturelles traditionnelles alors qu’un autre groupe urbain de peintres aborigènes poursuivent des problèmes politiques très actuelles.


Nous venons juste de terminer et de décrocher une expo ce matin à propos justement d’un artiste,Richard Bell, aborigène de la région du Queensland qui se concentre fortement sur les tensions politiques…vraiment intéressant !

Venez je vais vous montrer quelques œuvres…

Ici nous avons l’inscription « Kick somebody else », c’est une référence au fait que les personnes aborigènes sont tellement mises à l’écart, oubliées étant considérées comme des gens de seconde classe. Ça nous dit de nous en prendre à d’autres ! On observe ces cercles qui forment des sortent de cibles.

Dans celle-ci, c' est une référence plus liée à l’art contemporain, en lui-même, qu’aux questions politiques comme le précédent. Il y a un cet artiste Néo-zélandais très connu appelé : Cullen Makane qui a peint une série de peintures : « IAM ». Cet IAM vient de quand Moïse était au sommet d’une montagne pour parler avec Dieu, et lui avait demandé qui il était. Sa réponse fut : « I am ». C’est donc une référence à cette citation biblique mais aussi, cela joue sur l’utilisation de cette citation par d’autres peintres réintégrée dans le contexte Australien et de la Nouvelle-Zélande. Bien sûr la peinture a quelque chose de Jackson Pollock, du mouvement Pop art et de choses comme ça…Il y a un fond très riche qui à son importance. Cette utilisation des cercles et des points qui est très représentatif dans la peinture aborigène traditionnelle décrivent la Terre, avec ces différentes régions, terres, étangs…L’artiste en résidence au Canada dit s’être réveillé une nuit après un rêve où il flottait autour de la Terre. Elle fut quadrillée alors qu’il faisait déjà parti de celle-ci, et qu’il était entrain de se mouvoir."


Jeremy : « La Terre serait elle une prison ? »


Dick : « Non, je ne pense pas qu’il faille le voir comme ça, il a juste voulu décrire qu’il y a un quadrillage, une sorte de réseau. Il s’agit plus de longitudes et latitudes, ce n’est pas aussi dramatique.

Ce sont donc de bons exemples d’art aborigène urbain contemporain.

Un autre exemple plus d’art aborigène actuel mais traditionnel, reculé :

C’est le travail d’une femme, appelée Manie Pulah, qui est décédée il y a environ deux ans. Elle vient d’Utopia Station qui est une communauté située à environ 300 km au Nord-Est d’ Alice Springs. C’est entre les années 90, 95 qu’elle fit ses traditionnels « body painting ». Si on isole une forme, c’est un sein qui est croisé, rayé par des hachures.

Traditionnellement c’était réalisé lors de cérémonies où l’on peignait sur les corps ces symboles. Elle aurait du peindre ceci toute sa vie de manière traditionnelle, mais ces 10 à 15 dernières années, elle l’appliqua sur des toiles et les a vendu sur le marché de l’art. Ce fut un très grand succès."


Jeremy : « Pourrais-t-on avoir une idée du prix d’œuvres comme celles-ci ? »


Dick : « De l’ordre de 15 000 $ (dollars australiens = 10 000€). Mais ce sont deux personnes n’ont plus besoin de se hisser au top, ils font déjà partis de l’échelon le plus haut en art aborigène !

Mon grand intérêt de promouvoir l’art aborigène est que beaucoup d’artistes non indigènes en Australie ne veulent pas en entendre parler. Ils pensent qu’il y a beaucoup trop d’attention portée aux artistes aborigènes et trouvent difficile de rivaliser avec eux. Je pense que c’est, en grande partie, faux ! Malgré certains artistes qui y sont très sensibles et très intéressés, beaucoup, probablement 60% ne veulent pas en entendre parler et y sont indifférents. Je pense que cette attitude fait typiquement et intégralement partie de la culture australienne, qu’elle est liée à cet endroit. C’est très, très important de modifier cela, c’est pourquoi j’aime les promouvoir ! Encore une fois, il s’agit de mixer la représentation artistique. »


Isabelle : « Y a t il des artistes aborigènes tasmaniens vivants ? »


Dick : « Oui il y en a quelques uns. La seule culture traditionnelle en Tasmanie qui n’ait jamais cessé est la fabrication de collier de coquillage. Des preuves situent le début de cet art à, au moins, 15 000 ans avant notre ère (probablement plus) ! Il y a trois femmes que la communauté aborigène en Tasmanie reconnaît comme les maîtres et gardiennes du savoir de cette tradition. Chacune d’entre elles doit apprendre et transmettre ce savoir à quelqu’un de la génération suivante pour que la tradition perdure.


Il y a aussi des gens comme Jim Everett, qui est un poète et écrivain aborigène tasmanien, dont le nom indigène est : Pura-lia meenamatta. Il est né dans une île du Nord-Est de la Tasmanie (la Flinders Island) en 1942 et a grandi dans un clan. Il s’est beaucoup investi dans les services publics pour les affaires aborigènes et a visité de nombreuses communautés isolées du Mainland. Même si il a du quitter l’école a 14 ans pour travailler, très tôt il a commencé à écrire des poèmes. Aujourd’hui l’ensemble de son travail regroupe des pièces de théâtre, des essais politiques, des documentaires, des vidéos éducatives. Il a profondément marqué le monde des arts et de la culture par son activisme. C’est un personnage clef du paysage culturel et politique contemporain tasmanien.

D’Octobre à Novembre 2006, je l’exposais avec un autre artiste, Jonathan Kimberley (de Melbourne, installé à Hobart mais qui travaille encore beaucoup dans la région du Kimberley à l’Ouest de l’Australie connue pour ces communautés indigènes). Le nom de l’exposition était « Meenamatta lena narla puellakanny (meenamatta water country discussion) ». Il s’agissait d’une collaboration d’écriture et de peinture. Chaque œuvre, divisée en 4 panneaux, portait une citation de Jim en aborigène sur une peinture de Jonathan, dont voici un exemple :


1 commentaire:

Frédéric Mitterrand a dit…

Un blog éblouissant, un contenu important pour le savoir de l'humanité. Bravo, continuez comme ça. A quand un nouvel article sur l'art des tribus sibériennes ?

Frédéric Mitterrand